LA PETITE DANSEUSE DE QUATORZE ANS
Par Johanie de Valliaco

Chronologie
Chronologie de la vie de Marie Geneviève Van Goethem
Les origines familiales (1834–1861)
L’histoire de Marie Geneviève Van Goethem commence bien avant sa naissance.
En 1834, son père Antoine Van Goethem voit le jour à Malines (Belgique), suivi en 1837 par Marie Van Volsom, sa future épouse, née à Bruxelles.
Le couple se marie à Bruxelles le 2 septembre 1857 : lui est tailleur, elle dentellière. Ensemble, ils auront plusieurs enfants.
En 1858, naissance de leur premier fils Jean-Baptiste Van Goethem, puis en 1861, d’une fille, Antoinette. Cette même année, la famille quitte la Belgique pour s’installer à Paris, dans le 9e arrondissement.
La véritable histoire de la “Petite Danseuse de quatorze ans” de Degas
Les premières tragédies familiales (1862–1865)
Le 13 février 1862, le jeune Jean-Baptiste meurt à seulement trois ans.
Il est inhumé au cimetière de Montmartre dans une fosse commune.
Deux ans plus tard, une autre tragédie : une première Marie Van Goethem naît le 17 février 1864, mais meurt à 18 jours seulement, et repose au Montparnasse.
Ce n’est que le 7 juin 1865 que naît la véritable héroïne de cette histoire :
Marie Geneviève Van Goethem, au 8 Place Bréda (aujourd’hui Place Gustave-Toudouze), à Paris.
Une enfance parisienne et la vie à l’Opéra (1870–1881)
En 1870, naît la benjamine Louise Joséphine Van Goethem, dite Charlotte.
Le père, Antoine, disparaît ensuite sans trace officielle d’un décès à Paris. Il est peut-être retourné en Belgique.
Les trois sœurs grandissent dans le quartier des artistes.
En 1872, Antoinette, l’aînée, entre à l’Opéra Garnier, bientôt suivie par ses sœurs.
Degas, fasciné par les jeunes danseuses, les croise dans les couloirs du théâtre.
Dès 1873, Antoinette devient l’un de ses modèles, et à partir de 1879, c’est Marie Geneviève, âgée de 14 ans, qui pose pour “La Petite Danseuse de quatorze ans”.
En 1880, elle danse dans La Korrigane à l’Opéra, tandis que la famille vit rue de Douai.
En 1881, l’œuvre de Degas est exposée à la 6ᵉ exposition impressionniste, suscitant fascination et scandale.
Le déclin et les années difficiles (1882–1890)
En mai 1882, Marie est renvoyée de l’Opéra pour absentéisme.
La même année, sa sœur Antoinette est condamnée à trois mois de prison pour vol.
Une tentative de fuite en Belgique, avec leur mère et Marie, échoue le 20 juillet 1882.
Au début des années 1890, Marie séjourne probablement en Belgique.
C’est peut-être là qu’elle rencontre Georges Ringoir, musicien, avec qui elle vit un temps à Paris, rue Fontaine.
Les bans de mariage sont publiés le 22 mars 1891, mais l’union n’aura jamais lieu.
Les années de maturité et la fin du XIXe siècle (1892–1908)
En 1892, le tribunal rectifie l’état civil de Louise Joséphine, qui devient officiellement Van Goethem.
Le 20 mars 1898, Antoinette meurt à Versailles à 37 ans, inhumée au cimetière des Gonards.
L’année suivante, une concession familiale est achetée au cimetière Montparnasse, probablement par leur mère.
Le 28 octobre 1908, Marie Van Volsom, la mère des trois sœurs, meurt à 70 ans à l’Opéra Garnier même, où elle travaillait.
Elle repose désormais au caveau familial du Montparnasse, division 26.
L’union tardive et la vie à Pantin (1914–1922)
Le 5 août 1914, Marie Van Goethem, âgée de 46 ans, épouse Isidore Auguste Chardon, artiste lyrique, à Pantin.
Le couple vit Cité de Clermont, 16 bis route de Flandre.
Pendant la Grande Guerre, Auguste sert dans l’armée avant d’être réformé pour tuberculose pulmonaire en 1917.
Il meurt le 18 mars 1922, à 54 ans.
Sa sépulture provisoire n’est pas renouvelée il est transféré à la fosse commune du cimetière de Pantin.
Les dernières années et la fin de vie (1926–1935)
Après la mort de son mari, Marie s’installe à Paris 19e, au 16 bis avenue de la Porte de la Villette.
Elle vit seule, vend de petits objets et survit modestement.
Souffrante, elle est hospitalisée à la Salpêtrière, puis transférée à l’Hospice de Limeil-Brévannes le 17 mars 1934.
Le 7 décembre 1935, Marie Geneviève Van Goethem, épouse Chardon, s’éteint à 70 ans, dans le pavillon Cruveilhier de l’hospice.
Elle est inhumée le 11 décembre 1935 dans une concession pleine terre au cimetière de Limeil-Brévannes, division 17, tombe 41.
Entre 1958 et 1960, ses restes sont transférés à l’ossuaire du même cimetière, dernier repos anonyme de celle qui inspira l’une des plus grandes œuvres de Degas.
Louise Joséphine, la dernière des sœurs Van Goethem (1945)
La benjamine, Louise Joséphine Van Goethem, dite Charlotte, poursuit sa carrière à l’Opéra comme professeure de danse.
Elle meurt à Paris le 15 janvier 1945, à 75 ans, et est inhumée au Montparnasse, dans le même caveau que leur mère.
Épilogue
De Bruxelles à Paris, des planches de l’Opéra aux hospices parisiens, le destin des sœurs Van Goethem raconte la beauté et la cruauté du XIXe siècle artistique.
Marie, immortalisée par Degas, demeure un symbole bouleversant : celui d’une grâce éternelle qui a survécu à l’oubli.